FinTech : 4 critères d’éligibilité à la surperformance

29 Mar 2017

La France peut se targuer à raison de figurer sur le podium mondial du nombre d’entreprises innovantes, mais elle ne peut pas en dire autant en matière de FinTech : l’Hexagone n’apparaît pas dans le top 10 des levées européennes les plus importantes des quatre derniers mois de l’année 2016. Dans ces conditions, compte tenu du dynamisme stratégique mondialisé du secteur, s'investir dans une FinTech made in France peut être paradoxalement une opportunité. Mais comment faire ? Dans quelle direction aller et surtout, quels fondamentaux respecter pour maximiser ses chances de décollage ?

 

 

Seulement 24,7 Md$ investis dans la FinTech en 2016 ! Un recul de près de 50% par rapport à 2015 (46,7 Md$), mais cette dernière était une année record : 2016 reste donc solide vue depuis le début des années 2010. Difficile de s’y retrouver dans ce foisonnement, d’autant plus que des hubs FinTech se développent à travers toute l’Europe : Royaume-Uni, Allemagne, Irlande, France, Espagne et pays nordiques ont chacun développé leurs écosystèmes pour déployer l’innovation dans le secteur.

 

Pourtant, l’Hexagone n’apparaît pas dans le top 10 des levées européennes les plus importantes des quatre derniers mois de l’année, ni du top 30 mondial… La France donc de la figuration avec ses 167 M€ investis dans le secteur en 2015. Pourtant, nos entreprises sont loin d’être ridicules en matière d’innovation…

 

Du coup, l’écosystème bancaire et d’assurance cherche des réponses au vertige que leur cause la FinTech, comme l’a montré le premier ParisFintechForum, qui a réuni la plupart des dirigeants des plus grands banques et assurance françaises avec ses 620 participants. Mais quelles sont les spécificités et vecteurs de réussites de nos FinTech nationales ?

 

Pour répondre à cette question, un panel de 46 startups de la FinTech française a été analysé à partir de 4 indicateurs, évalués selon un barème compris entre 1 et 5 :

 

  1. Innovation technologique et d’usage, critère qualitatif compte tenu de la disparité observable entre certains segments de marché,

  2. Activité,critère quantitatif mais parfois qualifié avec une certaine subjectivité du fait de la disparité des indicateurs publiés (CA, utilisateurs, encours, valorisation, etc.),

  3. Levées de fonds, critère quantitatif bien que parfois non communiqués,

  4. Antériorité, pour atténuer les disparités en termes de développement, une pondération « jeunesse » a été appliqué sur la base de l’année médiane de leur création, établie en 2012.

 

Du point de vue produits et marchés, ce panel comprend 9 startups de l'InsurTech (assurance dommage, santé dont garantie emprunteur et gestion de patrimoine), 14 de la BankTech (agrégateurs, opérateurs bancaires, moyens de paiement et autres - transfert, terminal, borne) et 23 de la FundTech (crowfunding, lenfunding et crédits de trésorerie).

 

 

Source : crunchbase, societe.com, presse spécialisée 

 

En termes de dispersion, il ressort visuellement que :

  • Les entreprises de l’InsurTech et de la BankTech sont moins dispersées que celles du FundTech,

  • Les entreprises de la BankTech sont plus performantes que celles de l’InsurTech,

  • À l’intérieur du FundTech, le lendfunding est plus performant que le crowfunding.

 

Autrement dit, en première approche graphique, si l’on veut investir dans la FinTech en France, mieux vaut s’attaquer au Lendfunding. Pour rentrer davantage dans le détail, il est utile de focaliser les valeurs moyennes de ces indicateurs par segment de marché de la FinTech :

 

 

 

En termes d’indicateur mixte de performances par segment, il ressort :

 

1. La faiblesse relative de l’indicateur mixte de l’InsurTech par rapport aux autres segments, toutefois à relativiser du fait du modeste nombre de représentants mais aussi de leur jeunesse relative qui, malgré le coefficient de pondération, induit moins de levées et d’activité.

 

Yomoni, lancée en 2014, a conquis 1.500 clients au bout d’un an d’activité et ressort nettement du lot sur le segment de l’InsurTech, par un positionnement innovant sur un marché classique, celui du Conseil en Gestion de Patrimoine :

 

· Ses usages innovants, conduits par un robot conseiller, sont adossés à une expertise métier classique, par son statut de société de gestion, mais sous une forme elle-même innovante, puisque Yomoni réalise ses allocations à partir de modèles quantitatifs développés et supervisés en interne par son équipe d’analystes,

· Son modèle économique est orienté prix : 2 fois moins cher en moyenne que la concurrence,

· Ses levées sont significatives après 2 ans d’activité, avec plus de 9 M€ en 2 tours.

 

2. Une plus grande antériorité et davantage d’homogénéité entres les intervenants Banktech. Le compte Nickel et Lydia se détachent nettement de leurs concurrents.

 

Le compte Nickel, lancé en 2012, valorisé à hauteur de 80 M€ fin 2015, 39 M€ levée depuis l’origine, il cumule le même triptyque que Yomoni, produit classique, innovation technologique doublée d’une rupture d’usage, et approche prix :

 

· Le compte Nickel est innovant dans ses usages et sa distribution : l’inscription se fait en cinq minutes chez un buraliste, ce qui est impossible pour une banque classique,

· Il est innovant dans sa technologie : borne intelligente interactive,

· Et s’est doté d’une approche prix agressive : une carte MasterCard, un RIB, un site Internet et un service clients pour un abonnement annuel de 20 €. Le compte a la spécificité de ne pouvoir être débiteur pour garantir son universalité.

 

- Lydia, lancé en 2013, est un moyen de paiement en peer-to-peer (P2P). Lydia réalise 10.000 transactions jour par 500.000 utilisateurs et a levée plus 13 M€ en 3 tours. Là encore, le même triptyque est en place, un produit classique, le virement, innovations et approche prix :

 

· Lydia est innovant dans ses usages : l'utilisateur télécharge gratuitement l'application sur son mobile, crée son compte et enregistre une carte bancaire avant de pouvoir payer en ligne ou entre utilisateurs,

· Lydia est innovant dans sa technologie et sa distribution : moyen de paiement en P2P, en marque blanche, l’entreprise lance en 2016 la carte Lydia, MasterCard connectée à l'application, et donne aussi la possibilité de commander depuis Slack, Siri et iMessage,

· Lydia est gratuite pour les services de base en B2C, seuls les produits additionnels sont payants : une commission prélevée sur les cagnottes 2 fois moins chères que la concurrence et une Mastercard pilotable par smartphone à 10 € puis 4 € par mois, Mais Lydia se rémunère surtout en B2B, de 0,7 à 1,5% sur les transactions professionnelles.

  

3. De fortes disparités en termes de performances entre intervenants de la Fundtech : le lendfunding dispose des meilleurs indicateurs tous secteurs confondus tandis que le crowfunding dispose des moins bons. Lendix et Kyriba constituent le duo de tête de la fundtech et tous segments confondus.

 

- Lendix, lancé en 2013, est le leader français du prêt participatif aux entreprises, avec 18.000 clients, Lendix a réalisé 62 M€ de production de dettes depuis 2015 et 75 M€ levées depuis l’origine. Là encore, produit et gestion classique, crédit aux entreprises plus fonds de titrisation, double innovation technologique et d’usage et approche prix bidirectionnel :

 

· Lendix est innovant dans sa technologie, au moyen d’un modèle de scoring qui détermine les conditions d’un emprunt en fonction des facteurs de risque afin de donner directement, en ligne et en quelques secondes, une cotation indicative aux entreprises,

· La société s’est dotée d’un fonds de titrisation ouvert aux institutionnels, Lendix Factory est une société de gestion agréée par l'Autorité des marchés financiers,

. Lendix est innovant dans ses usages, avec sa plate-forme P2P auquel s’associe un double business model : gratuité prix et expertise pour les investisseurs et commissions réduites de 3% plus frais de gestion pour ses clients emprunteurs.

 

- Kyriba, doté de l’indicateur mixte le plus élevé du panel, pourtant pénalisé par sa date de lancement (2000), est le leader mondial de la gestion de trésorerie dans le cloud, implanté aux US et au Japon, avec 107.5 M$ de levées en 10 tours. Rupture d’usage au moyen de technologies basées sur la sécurité et le datamining sont au rendez-vous :

 

· La technologie de Kyriba permet aux trésoriers et aux directeurs financiers de bénéficier d'une vision à 360 degrés de leurs positions actuelles et à venir au moyen d’une plateforme de gestion ultra-sécurisée intégrant trésorerie, paiements, risques financiers et programmes de Supply Chain Finance,

. 1300 corporates utilisent Kyriba au moyen d’un business model fondé sur le B2B2B, avec des partenariats avec des sociétés d'intégration et de transformation opérationnelle leaders sur leurs marchés partout dans le monde, sélectionné sur la base de leurs expertises métiers.

 

En résumé, il ressort de cette brève analyse descriptive que les entreprises de la FinTech françaises surperforment lorsqu’elles cumulent innovation technologique et d’usage, un produit de masse doté d’une structure de gestion classique et innovante, agressivité prix et/ou rendements d’échelle pour ses clients et ses partenaires, spécialement dans le secteur du crédit et du risque financier.

 

 

Les 4 critères d’éligibilité à la surperformance en matière de FinTech made in France :

 

  1. Choisir le Lendfunding, par exemple le crédit immobilier, très peu représenté au sein de la FinTech made in France, si l’on veut se différencier.

  2. Répondre à un besoin au moyen d’une rupture d’usage, par exemple sur l’IA cognitive, utile tant pour le consommateur (aucune concurrence ni locale ni internationale sur ce segment) et pour les partenaires bancaires (scoring cognitif en revanche bien représenté).

  3. Miser sur l’audace technologique, comme le datamining et le P2P, très efficace pour les revenus alternatifs d’un côté et pour convaincre banques et partenaires de l’autre, au moyen d’API sécurisées en particulier.

  4. Fédérer sur un vecteur de communication basé sur la gratuité, par exemple dans l’expertise et l’assistance, avant de valoriser sa capacité de négociation et donc une efficacité tarifaire sur longue période.

 

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