Investisseurs : votre croissance détermine-t-elle votre effort en recherche développement ou est-ce l’inverse ?

18 Jan 2017

L’innovation est le pilier le plus puissant de la croissance de nos économies, devant le capital doté d’incertitudes grandissantes et devant le travail désormais raréfié. Mais pour son financement, 2 modèles complémentaires s’affrontent souvent : faut-il investir dans la recherche avant de déployer une startup ou faut-il commencer par valider sa capacité de croissance puis financer sa recherche ensuite, concomitamment à sa montée en charge ?

 

 

Répondre à cette question ne peut se faire simplement à partir d’exemples de différentes sociétés issues de portefeuilles représentatifs de VC par exemple, car il s’agirait là d’un travail confidentiel et certainement biaisé. En revanche, une analyse agrégée portant sur 12 ans et 13 pays permet de comparer les performances de croissance induites (ou pas) par les dépenses intérieures en recherches et développements.

                                  

Cette analyse porte sur 2 séries, portant sur les années 2000 à 2014, d’indicateurs publiés par l’OCDE : le PIB brut par habitants, les DIBRD par habitant (dépenses intérieures brutes en R & D) et dans un second temps sur les investissements en capital-risque réalisés en 2014. Quant aux 13 pays, il s’agit du G8 plus 2 pays européens significatifs, l’Espagne et les Pays-Bas, ainsi que la Chine, la Corée et Israël compte tenu de leur dynamisme en la matière.

 

Si les PIB par habitant reflètent le niveau de développement présent d’un pays donné, les DIBRD par habitant représentent a priori l’évolution futur de ce niveau de développement.

 

 

Tableau 1 - PIB par habitant et DIBRD par habitant (valeurs moyennes 2012-2014)

 

Source : OCDE

 

Il ressort que la Corée et Israël tirent nettement leur épingle du jeu en matière de R&D, ou ils intègrent le peloton de tête, tandis que la Russie et la Chine et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne restent en queue de peloton dans les 2 cas.

 

Mais pour répondre à notre question initiale, il convient d’appréhender la croissance de ces indicateurs, afin de visualiser leurs dynamiques sur moyenne période et d’en normaliser les écarts.

 

 

Figure 1 - DIBRD par habitant et PIB par habitant : évolution sur 12 ans

Moyennes (2012-2014) / moyennes (2000-2002) -1

Source OCDE

 

La Chine se distingue tant par la puissance de la croissance de ses 2 indicateurs que par la relative modestie de son effort de recherche : avec un ratio de 2,2, la croissance de ses DIBRD rapportée à celle de son PIB se situe dans la moyenne basse de la distribution. C’est donc sa croissance structurelle qui porte et détermine son effort de recherche et développement.

 

C’est l’inverse de la Corée, dont l’effort très élevé en matière de recherche produit une performance significative sur la croissance de ses revenus, avec un ratio 3,9, en tête avec l’Italie, sans comparaison possible car la croissance du PIB par habitant de l’Italie est en situation de décrochage relativement aux autres pays.

 

 

Tableau 2 - L’effort en dépenses en dépenses en recherches développement

 

Croissance DIBRD par habitant / croissance PIB par habitant

Source OCDE

 

Le cas de la Russie est sans doute le plus surprenant car son ratio est le seul de la série à être inférieur à 1 quand le reste de la distribution se situe entre 2,1 et 3,9, mais les données russes sont à considérer avec davantage de précaution que les autres.

 

 

Figure 2 - Première synthèse par pays

 

 

 

 

Si l’impact fiscal des aides et subventions publique dans l’innovation globale est difficile à exprimer transversalement de manière homogène entre les pays, le positionnement de l’Espagne et de l’Italie paraît toutefois une conséquence de la politique européenne en matière de soutien à l’innovation. Plus généralement, il semble à ce stade manquer un paramètre explicatif de certaines caractéristiques de cette première synthèse.

 

Et le capital risque ? Ajouter aux données précédentes la dimension des investissements en capital-risque permet de préciser cette segmentation. Ces nouvelles données de l’OCDE sont exprimées en point de PIB et normalisées pour en restituer une image lisible.

                                                                                             

 

Figure 3 - Cartographie de l’impact du capital-risque dans l’innovation en 2014

 

La segmentation précédente est ordonnée dans la dimension expansion vs innovation. L’abscisse exprime la densité des investissements en capital-risque dans le PIB. L’apport des fonds en capital-risque s’avère spectaculaire :

 

Israël et les Etats-Unis se détachent particulièrement dans cette dimension tant leur ratio se positionne dans un tout autre ordre de grandeur que le reste de la distribution :

  • En Israël, le capital-risque est un pur accélérateur d’innovation,

  • Aux Etats-Unis, c’est un accélérateur d’industrialisation de l’innovation.

 

La Corée et le Japon reproduise cette subtilité dans une moindre mesure :

  • En Corée, le capital-risque est un dynamiseur d’innovation pure,

  • Au Japon, c’est un dynamiseur d’industrialisation de l’innovation.

                            

La France se distingue sensiblement à l’intérieur de son segment constitué en outre du Royaume-Uni et des Pays-Bas :

  • En France, le capital-risque est un accompagnateur d’une innovation aidée par une politique publique dynamique,

  • Au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, il joue un rôle mixte tant en faveur de l’innovation que de l’expansion mais qui impacte davantage l’innovation.

 

La Chine figure dans un segment constitué également de l’Allemagne et du Canada :

  • En Allemagne et en chine, le capital-risque joue un rôle mixte en faveur tant de l’innovation que de l’expansion mais qui impacte davantage l’expansion,

  • Au Canada, en revanche, le manque de dynamisme en matière d’innovation ferait plutôt tendre le capital-risque vers un profil de « supporter » d’expansion.

 

Les 3 pays restants forment un segment hétérogène, chacun constituant un cas particulier. Ils sont regroupés du fait de la modestie de leurs investissements en capital-risque :

  • En Espagne, le capital-risque est , tant son positionnement efficacement innovant grâce à son écosystème de hubs diversifiés peut prêter à surprise compte tenu des difficultés traversées au cours de la période,

  • En Italie, le capital-risque est un consolidateur d’expansion, tant la croissance de son activité de recherche semble déconnectée de celle de ses revenus,

  • La Russie se positionne comme un électron libre du concert international, tant en matière d’innovation que d’expansion.

                                      

 

Figure 4 – Synthèse sur le rôle joué par le capital-risque dans l’innovation en 2014

 

 

Les investisseurs en capital-risque se comportent différemment selon l’histoire et l’environnement économique et politique des différents pays dans lesquels ils interviennent. Néanmoins, cette synthèse comparée à la précédente, fondée sur les dynamiques de croissance et de recherche développement, permet d’inférer quelques tendances.

 

  • Lorsque l’environnement public et réglementaire apparaît favorable à l’innovation, le capital risque est soit un accompagnateur d’innovation, soit un dynamiseur d’expansion économique, selon la préférence naturelle du pays en question.

  • Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, plus l’environnement est propice au laisser faire plus le capital-risque se substitue massivement aux politiques publiques, en témoigne le sérieux gap observable entre Israël et les Etats-Unis du Japon et de la Corée du fait de la prise en compte de ces investissements.

                                                     

Mais quelles indications dans la détection du potentiel de croissance d’une startup du point de vue du capital-risqueur ? Elles sont centrales :

 

  • Les pays à haute concentration industrielle nécessitant des projets d’ampleur recourent à une recherche développement très importante en amont, c’est l’innovation planifiée auquel on attache par la suite des plans marketing sur mesure à hauteur de l’ambition technologique (Allemagne, Japon et dans une moindre mesure Canada).

  • Les pays à fortes incitations fiscales concentrées sur les écosystèmes innovants recourent à une plus grande exigence en matière de prouvabilité du potentiel, c’est le marketing d’abord, ce qui peut sembler paradoxal en première approche (France et dans une moindre mesure Royaume-Uni et Pays-Bas).

  • Les pays les plus en vue en matière d’innovation cumule les environnements les plus souples, ce sont également ceux qui élèvent leur niveau d’exigence et leur capacité à modifier le sens de leur développement selon des paramètres extérieurs (conjoncture, concurrence, etc.), c’est une innovation de croissance équilibrée capable de juxtaposer avec le curseur requis marketing et recherche développement (Israël, Etats-Unis et dans une moindre mesure Corée du Sud).

 

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